|

Jeudi 26 aout
Nous voici enfin tous réunis pour tenter de boucler le parcours de l’Ultra Trail du Mont blanc 2010. Trail mythique pour tous, les personnes handicapées, les accompagnateurs, les porteurs, et tout le staff organisation soit 50 personnes au total. Le temps est magnifique et les températures caniculaires.
Certes, les prévisions météo sont incertaines pour la course le lendemain, mais comme dit le dicton montagnard : « qui écoute trop la météo reste au bistrot ». Alors on profite tous de Chamonix sous le soleil, face au massif du Mont-Blanc gardé par ses aiguilles rocheuses et parcouru par des glaciers tout aussi fameux. En cette veille de départ comme prévu le petit train du Montenvers nous transporte à La mer de Glace. L'après midi se passe en flânant dans les rues, à faire du shopping en fauteuils pour nos « personnes autrement capables », à se prélasser aux terrasses des bars, à accomplir les formalités de départ (« puçage », dossard, signature du règlement, vérification des sacs…) . En fin de journée après un délicieux repas servi à l’ENSA de Chamonix (Ecole Supérieure de Ski et d’Alpinisme), tout le monde file se coucher au plus vite afin d’essayer d’engranger un maximum de sommeil avant la course dont le départ est fixé le vendredi 27 aout à 18h30.
Vendredi 27 aout
Personne ne fait la grasse matinée, tout le monde est debout tôt, la tension va monter tout au long de la journée, rythmée par les derniers préparatifs. Le temps de maussade vire au franchement mauvais, pluie incessante, éclairs et coups de tonnerres dès le matin : les prévisions météo ne sont pas bonnes voire franchement exécrables plus on se rapproche du départ.
Manger et se reposer sont au programme toute la journée.
17h : tout le monde se réunit devant l’ENSA en conditions de course. 19 porteurs ( dont 15 de La Réunion ) , 7 personnes portées ( dont 6 de La Réunion ) , une photographe professionnelle Véronique Popinet, et près de 30 personnes encadrant l’énorme aventure qui se profile. Maloya, quelques pas de danses, nombreuses photos et c’est parti pour la ligne départ en traversant la ville de Chamonix sous les applaudissements chaleureux de tous les passants.
17h30 : Christophe Monteil, journaliste de France 3 nous rejoint: il a prévu un reportage de 2 à 3 minutes sur notre aventure au 19/20 du dimanche soir. Nous avons obtenu des organisateurs l'immense privilège de pouvoir nous installer devant la ligne de départ devant les 2600 autres concurrents. Dos à l’église de Chamonix, face au Mont Blanc, musique grandiloquente, commentaires enflammés du speaker et les hourras de la foule nous font monter à tous les larmes aux yeux. Paulo, un des chefs porteurs se tourne et nous dit :
« c’est tellement énorme qu’on va être obligé d’aller au bout ». Nous sommes tous d’accord, mais c’est la météo qui décidera au final ! Tous les porteurs entourent les trois premières personnes portés qui sont Anouk, Nelsy et Yolande. Nous chantons à pleins poumons « nou tien bo, nou larg pa ».
18h20 Chamonix France Début de la course UTMB.
Après quelques phases protocolaires inhérentes à cette énorme course, on nous fait partir quelques minutes avant le vrai départ. Moment inoubliable que ce premier kilomètre dans les rues de Chamonix, frôlés par les milliers de spectateurs en liesse qui agitent des clarines, qui hurlent, qui applaudissent… Nous sommes tous totalement grisés par ce délire populaire qui doit ressembler à certaines étapes de montagne du Tour de France !
Après quelques kilomètres, la pluie reprend de plus belle et avant d’arriver aux Houches, nous nous faisons rattraper par les premiers qui ne manquent pas de nous encourager ; c’est rare d’avoir le privilège de les voir nous doubler. Quand arrive le gros des concurrents, le temps devient franchement exécrable avec beaucoup de pluie et le froid qui s’installe ! Notre organisation récupèrera nos trois personnes autrement capables aux Houches comme prévu. Nous repartons vers St Gervais, sans les joëlettes mais tous groupés.
Premier col, le Dèlevret à 1700m, avec une montée raide et glaciale dans la nuit tombante. Ambiance alpine qui devient plus hostile à mesure que le temps se dégrade.
La descente vers St Gervais est raide avec la pluie et le froid, et, dans les prairies boueuses, les chutes sont nombreuses malgré notre entrainement on sent que si les conditions se dégradent avec les grands cols à venir cela risque d’être compliqué, voir dangereux.
22h St Gervais France 21kms
A l’entrée de St Gervais on entend une rumeur qui se propage entre les coureurs : la course serait arrêtée à cause des conditions cataclysmique au col du Bonhomme et au col de Seigne. Tout le monde fait semblant de l’ignorer, mais lorsque les SMS de notre staff tombent cela devient réalité : la course est stoppée à cause des pluies diluviennes, d’un vent fort, de coulées de boue et d’un dé balisage sauvage. Nous sommes tous abattus mais les conditions climatiques étaient manifestement très mauvaises et la sécurité des coureurs plus assurée. Fin de la course après 20 kms sur les 166 prévus !
Rapidement nous sommes rapatriés en bus au point de départ à plus de 20 kms à Chamonix.
23h : retour à Chamonix.
Dépités, nous nous retrouvons dans le hall de l’ENSA, Jimmy un de nos portés tente de nous remonter le moral en nous disant que ce n’est pas grave, qu’il déjà tellement heureux d’être là, qu’on est formidable…. Et surtout nous comprenons que ce n’est pas nous qui sommes les plus à plaindre. On décide d’organiser un grand piquenique nocturne dans le hall de l’ENSA : charcuterie à profusion, pain mendié dans les cuisines des grands hôtels alentour et vin rouge pour se désaltérer. La déception devient plus supportable !
Coucher tard, trop tard…..
Samedi 28 aout
5h30 ENSA Chamonix
Réveil difficile et forcé pour tout le monde : l’organisation de l’UTMB décide de relancer la course par SMS sur une fenêtre météo de 36h. Rendez vous à Courmayeur en Italie avec nouveau départ à 10heures ce jour. Branle bas de combat pour tout le monde, Un bus nous attend à 7h pour partir. Nous ne sommes pas très en forme, mais bon, 90 kms de l’UTMB en plus des 20 de la veille ; ça commence à ressembler à quelques chose !!! Nous nous sommes tous beaucoup préparés et avons investi beaucoup de temps et d’énergie pour cette course à 10 000 kms de la Réunion. Alors nous n'allons rien lâcher. Après le tunnel du Mont Blanc, on se retrouve à Courmayeur sous le soleil matinal.
10h Courmayeur Italie Deuxième départ UTMB sur le reste du parcours (90kms)
Avec la moitié des concurrents présents nous repartons de Courmayeur (1200m), sans les joélettes prévues, sécurité oblige. La montée vers les refuges Bertone et Bonati (2000m) est pas mal embouteillée, là on sent la course vraiment partie, ravitaillement express, contrôle et on file au trot vers Arnuva, distant de 18kms par un magnifique sentier en balcon face au massif du Mont Blanc.
13h Arnuva Italie 16kms
Tout notre staff et les personnes portés nous encouragent au ravitaillement, car la suite sera plus rude. On lève les yeux vers le grand col Ferret, point culminant du parcours à 2537m. Il faut y aller car les barrières horaires sont rapides, et il ne faut pas trainer. De toutes les manières, le col est dans les nuages. Après une bonne montée boueuse, pluvieuse et ventée, on le passe dans des conditions difficiles : vents fort, grêle, brouillard ! Et dire qu’il était censé faire beau. Passage en Suisse.
17h La Fouly Suisse 30kms
Apres le col Ferret, on glisse plus qu’on ne courre dans les alpages en direction de la Fouly, petit village Suisse typique et propret. On se réchauffe un peu avec un accueil vraiment top de nos amis helvètes. Le fromage et la charcuterie sont très bons, la soupe bien chaude ; on peut même se faire servir une raclette ! Sans compter le chauffage soufflant géant d’une efficacité remarquable pour les vêtements mais aussi pour les cheveux, on a adoré! Trop fort la Suisse.
20h Champex Suisse 45 kms
Traversée descendante roulante de 15 kms au milieu des villages suisses tranquilles et très accueillants ou l’on se verra offrir quelques morceaux de gâteaux et tasses de thés par des habitants décidément adorables. Petit coup de cul pour remonter sur la petite ville bucolique de Champex où nous attend un gros ravitaillement et notre assistance. Le repas chaud servi à volonté et notre staff nous font un bien fou, les quelques bobos sont vite oubliés, et après une bonne halte on repart de nuit vers Trient via la montée Bovine qui culmine à 2000m.
C’est une belle montée raide, technique et humide dans les galets et les torrents. Il commence à faire tard et le froid se fait sentir au petit ravitaillement en haut, après quelques bols de soupes et thés, on file d’un bon train vers le village de Trient. Long sentier en balcon dominant la vallée illuminée par la ville de Martigny, puis longue descente pour arriver dans la vallée vers 2h le dimanche.
Dimanche 29
1h Trient Suisse 61 kms
La fatigue commence à se faire sentir, mais un accueil toujours chaleureux et notre bonne humeur contagieuse va nous faire repartir avec la banane !!! Chanter avec l’équipe suisse au ravitaillement ça met la pêche.
La montée pour repasser en France à Vallorcine n’est pas très dure, mais avec la fatigue et le froid c’est une toute autre affaire…On se tient les coudes et on s’encourage car au passage de Catogne à plus de 2020m les températures sont négatives. Malgré un équipement adapté on est dans le dur, tout le monde baisse la tête en serrant les dents. Un gros feu nous attend au sommet avant de repasser en France. L’équipe est remarquablement soudée et les quelques défaillances sont rattrapées par les plus costauds. Arrivée à Vallorcine vers les 4h du matin via une descente longue et transformée en savonnette par les pluies diluviennes des dernières 24h qui avaient fait interrompre les différentes courses.
4 h Vallorcine France 71kms
Tout le monde se regroupe pour se réchauffer et s’encourager, on repart pour la dernière difficulté : la montée à la Tête aux Vents à plus de 2100m après le col des Montets. Départ en chantant à l’aube en pensant déjà à nos personnes « autrement capables » qui nous attendent avec les joëlettes à la Flégère pour les derniers 10kms. Montée raide mais habituelle pour tous les anciens de la Diagonale des fous de la Réunion que nous sommes.
Le sentier en balcon de bon matin, enfin au soleil, face au massif du mont Blanc, avec l’aiguille verte, les Drus, etc…. Magnifique et inoubliable, comme le reste mais pas pour les mêmes raisons.
On rencontre un Réunionnais célèbre, Rémi Tézier, qui filme les concurrents pour l’organisation. On papote ensemble et c’est bien agréable. Un jeune bouquetin passe juste derrière nous. On rigole bien en espérant que cela fera un beau plan pour le film à venir.
10h Flégère France 81kms
Après le dernier contrôle à la Flégère on rejoint enfin notre groupe. Enfin, car avec tous ces changements de programme et la mauvaise météo , des portages ont été supprimés pour la sécurité. On retrouve tout le monde avec un grand bonheur, notre staff a préparé 3 joélettes avec Jimmy, Cécile et Ambre. Les dix derniers kms vers Chamonix font vraiment du bien à tous le monde ! A force ces portages finissaient par manquer à tous les porteurs, vraiment ! Tous le monde est heureux d’être ensemble, la descente se fera en chantant et en rigolant.
12h45 Chamonix France 90kms
Total parcouru : 110 kms
On se regroupe tous à l’entrée de Chamonix avec les fauteuils, joêlettes, ( Ambre remplaçant Noémie sur une d'entre elles ) et tout le staff pour le final. Toujours un accueil chaleureux, toujours le même étonnement ravis et ému des spectateurs, la joie de nous tous, les larmes de Babeth, les embrassades …
Cela reste toujours un moment privilégié de pouvoir participer à une telle aventure, et on s’en rend compte de la première à la dernière heure et on adore tous ça. La course se termine et elle nous manque déjà.
Après un premier repos, on se retrouve tous à l’ENSA pour un apéritif géant qui nous permettra de remercier le personnel de l’ENSA et tous les bénévoles du staff d’une efficacité énorme.
Il sera bien temps le lendemain matin de repartir à la Réunion pour la plupart via un long, très long trajet de plus de 24h.
Rendez vous sur le Grand Raid 2010 avec les Pompiers de Paris et d'autres personnes autrement capables et leurs joêlettes... » Nou Tien Bo, Nou larg Pa!
Mathieu VAUDOUX, porteur et médecin sur l'UTMB de Run Handi Move
Envoyer cet article
|